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On dit souvent que les mots nous trahissent. Ils peuvent aussi nous cacher, nous tromper, tromper les autres ou encore nous caricaturer. Et à force d'utiliser des mots sans se soucier de qu'ils veulent dire on court le risque de ne plus savoir de quoi on parle.

Le mot SM par exemple : sado-masochisme. Peut-on imaginer un mot aussi peu adapté aux pratiques et aux univers qu'il désigne ? Il est cependant le terme utilisé par tous, par le grand public bien sûr, mais aussi par les initiés dont bien peu pourtant se reconnaissent en lui. Et il entraîne à sa suite d'autres mots qui sont autant de stéréotypes : domina, maîtresse, soumis, hard, maso autant de termes qui ne veulent strictement rien dire si ce n'est donner une étiquette simpliste ou alors donner le bâton pour se faire battre.

Simple question de sémantique ? Oui. Mais pas si simple que ça et surtout pas si anodine qu'on pourrait le croire.
Le mot sado, sadique, est totalement inapproprié,étranger à nos jeux. Il est utilisé dans le langage courant pour désigner des personnes ou des actes parmi les plus cruels et les plus terrifiants que l'on puisse imaginer. On pense aux bourreaux de l'inquisition, aux tueurs en séries, à la gestapo.

Est-ce que ceux qui se réclament de l'univers SM se reconnaissent dans ces gens-là, soit en s'identifiant à eux soit en rêvant d'être leur victime ? Tous répondront en cœur : non bien sûr !
La réponse générale sera sans doute qu'il s'agit, en ce qui nous concerne, d'un jeu et seulement d'un jeu entre adultes consentants.

Mais le jeu qui consiste à jouer " au dominant /dominé " fait alors surgir un autre mot dont ce jeu-là est connoté, celui de " perversion ".

Et nous voilà avec un nouveau problème sémantique.

Le mot perversion est à la fois vague et lourdement connoté. (On ne sait pas ce que ça veut dire mais ça ne dit rien de bon…). Son sens est flou car il appartient aussi bien au langage courant qu'au vocabulaire psychiatrique. De plus, dans le domaine scientifique sa signification est variable selon les époques. (Il y a peu, étaient considérés comme pervers l'homosexualité, la sodomie et la masturbation). Un peu de sémantique :

La linguistique considère que chaque mot fait parti d'un champ sémantique qui l'englobe. Par exemple les mots " chaise " et " fauteuil " font partis du champ sémantique " siège " (qui sert à s'asseoir). Un champ sémantique peut à son tour faire parti d'un champ sémantique plus vaste. " Siège " par exemple fait parti du champ sémantique " meuble " au même titre que " table " et " armoire ".

Le mot " sado-masochisme " est un substantif composé de deux mots qui sont sensés s'opposer. " Sadisme " signifie : aimer faire souffrir (moralement ou physiquement). " Masochisme " : aimer souffrir. Leur point commun définira le champ sémantique auquel ils appartiennent. Ce point commun est : " être attiré par la souffrance ". (Souffrance que l'on inflige pour le sadique, souffrance que l'on reçoit pour le masochiste.)

Et comment s'appelle dans le langage courant le champ sémantique " être attiré par la souffrance " ? : le sado-masochisme.

Lui-même fait parti d'un champ sémantique plus vaste que le langage courant nomme " perversion ". Si l'on recherche d'autres mots qui font parti des perversions et que l'on cherche leur point commun, on obtiendra comme définition du champ sémantique " perversion " : être attiré par ce qui, normalement, n'est pas attirant. Ou plus simplement : une attirance anormale. Ainsi sera appelé perversion : fétichisme, soumission, scatologie, etc.

Si l'attirance cesse d'être considérée comme anormale, elle quitte le champ sémantique " perversion ", comme l'homosexualité, la masturbation ou la sodomie.

On pourrait se demander pourquoi le sado-masochisme ne quitterait pas lui aussi le monde de la perversion en trouvant à son tour une " normalité ". Tout simplement parce que, tout en faisant parti du champ sémantique perversion, l'usage courant fait du mot sado-masochisme la devanture, l'enseigne qui représente l'ensemble des perversions.

Sadisme et masochisme font partis des perversions et le mot qui les unit désigne l'ensemble des perversions (dont la grande majorité n'a rien à voir avec le sadisme et le masochisme)
Ce qui fait que chaque fois que l'on utilise le mot sado-masochisme, on cautionne sans le savoir et qu'on le veuille ou non, son aspect d'anormalité !

C'est pourquoi le mot Sado-maso participe de cette mise en ghetto que nous déplorons tous à moins que certains d'entre nous revendiquent cette anormalité par une forme de provocation faite à la société. " Vous me jugez anormal et pervers ? Eh bien soit, je proclame que je suis pervers et je vous emmerde ! "

Mais la provocation peut cacher une auto flagellation. " Puisque vous ne voulez pas me comprendre, je me rend volontairement et totalement incompréhensible " C'est la sorcière du Moyen-Age qui se jette elle-même dans les flammes du bûché en insultant ses bourreaux.


Revenons au jeu.


Le jeu " Maître/esclave " est considéré comme une perversion car il présuppose une attirance anormale pour des situations jugées pénibles, insupportables, terrifiantes.

La tragédie grecque antique a mis en scène les situations humaines les pires que l'on puisse imaginer. Meurtre, massacre, infanticide, inceste, tout y est passé… Pourtant personne n'a songé à ranger ces tragédies dans le domaine des perversions. Pourquoi ? Parce que c'était un jeu, un jeu théâtral où il n'y avait aucun risque, ni pour les spectateurs, ni pour les acteurs.

De nombreuses activités ludiques sont basées sur l'attirance du pire. Tout le monde s'accorde à dire que ce qui peut arriver de pire dans une randonnée en montagne, c'est la chute. Pourtant certains prennent un malin plaisir à faire les randonnées les plus dures, à escalader les montagnes les plus escarpés et à affronter les parois les plus infranchissables. Pour rendre la chose plus compliquée, ils partiront en plein hivers pour être sûrs qu'il y ait de la neige ou de la glace et de préférence seuls pour être sûrs que personne ne puisse les aider en cas de problème. S'ils en réchappent vivants, ils repartiront l'année suivante en plein soleil, mais cette fois sans cordes et pieds nus… On pourrait juger que ces activités (cet acharnement à vouloir affronter le pire) sont du domaine de la pathologie mais ceux qui les pratiquent sont loués pour leur courage et considérés comme les héros des temps modernes.

Pourquoi les tragédies grecques et l'alpinisme ne sont pas considérés ( à juste titre) comme des perversions ? La réponse est donnée par le bon docteur Freud lui-même : est pervers ce qui fait souffrir. Est pervers ce qui entrave les possibilités d'être heureux. Est pervers ce qui nuit à l'équilibre de l'individu. Ce n'est pas l'acte lui-même qui crée la perversion, mais la manière dont il est vécu et les raisons qui font qu'on l'a posé.

Et pourquoi les pratiques dites SM sont considérées, elles, comme des perversions ? Parce que la majorité des gens ne sait pas en quoi elles consistent et n'a aucune idée de leur tenant et aboutissant. Pour la banalité ce que retient le grand public c'est que ces pratiques portent le nom de " sado-masochisme " sans chercher plus, avec un sourire amusé, presque gourmand.

Ce qui compte réellement ce ne sont pas tant les actes ou les pratiques (mêmes si ceux-ci peuvent paraître parfois surprenants) mais les intentions qu'ils recèlent et mettent en jeux. Je me fais fort de donner quelques coups de cravaches à une personne qui n'a aucune expérience dite " SM " et de le faire rire de bon cœur dans la minute qui suit . Alors que cette même personne aura peut-être reçu dans son enfance un regard d'adulte tellement pervers et cruel qu'il en a été blessé à jamais.

La pratique " SM " est un jeu entre adultes consentants : le demandeur (le soumis) et le receveur (le dominant). Le demandeur apporte la règle du jeu (sa demande) et le receveur, s'il l'accepte, devient le maître du jeu. On comprend aisément que le jeu ne peut fonctionner que dans le respect absolu de la personne et dans une relation de totale confiance. Le receveur prend la responsabilité du jeu ce qui assure au demandeur une parfaite absence de risque.
La plupart du temps la demande consiste pour le soumis à atteindre ses propres limites et à chercher à les dépasser. Les limites d'une personne sont toujours les limites que cette personne s'est donnée à elle-même. En cherchant à les dépasser, elle trouve les ressources intérieures qui lui permettront d'atteindre cet objectif de dépassement et qui seront génératrices de changements déterminants dans d'autres domaines de sa vie.

En tant que maître du jeu, le receveur respecte la demande du soumis et le guide dans son cheminement. Comme un fil d'Ariane qui permet au demandeur d'évoluer dans son labyrinthe intérieur sans crainte de se perdre.

Hors, ce ne sont que des expériences, un voyage dans des états de conscience modifiée. Comme le shaman, la Maîtresse trouve le chemin pour amener son esclave à faire quelques pas sur le long parcours qu'est la connaissance de soi à travers la mise en scène de fragments d'un fantasme dit Hard ! Alors s'enclenche un processus curatif qui consiste à faire émerger les ressources inconscientes et insoupçonnées du soumis, à révéler des traumatismes plus ou moins anciens.

On voit là que l'on est bien loin du sado-masochisme, mot bien galvaudé.
Et pour vous… qu'est-ce que le mot SM signifie….


Les reponses :

A mon sens, le mot SM s'apparente aussitôt à d'inutiles souffrances.
Ce n'est pas tant la douleur ressentie, lorsque les lanières du martinet pleuvent sur celui qui les désire, mais bien l'alternance entre certaines douceurs et certaines douleurs, que saura mesurer celui ou celle qui les inflige, qui conduit à de sublimes extases.

Le recours aux accessoires, parfois les plus insolites, ne font que décupler ces intenses sensations et permettent de varier les jeux à l'infini.
A condition bien sur que ceux-ci se déroulent dans le respect et la confiance la plus absolue des protagonistes.

Le plus difficile mais le plus exaltant, c'est bien de trouver le ou la partenaire idéal(e) qui saura écouter ou deviner, devancer, partager les jeux les plus extravagants dans une sincère complicité.
Pour le reste, le mot SM n'en demeure pas moins un signe de reconnaissance, qui peut contribuer à rencontrer la perle rare.

Je crois l'avoir enfin trouvée, après d'interminables recherches et je mets tout en oeuvre pour garder son estime & sa confiance.

Un soumis heureux de sa condition.


Quel bel éloge pour votre passion!

Car en effet à la lecture de votre plaidoyer nul ne saurait se tromper quand
à la portée de vos mots ainsi que l'esprit qu'ils revêtent: passion,
sincérité et bon esprit.

Non seulement vous parvenez à convaincre par votre argumentaire
qu'effectivement les jeux "dominant/dominé" comme il est effectivement plus
juste de les appeler que simplement "SM" sont mis au banc de notre société
et font de ceux qui les pratiquent des parias ou des marginaux.

Votre manifeste balaie d'un revers de la main ces préjugés et parvient même avec brio à
faire pencher un non-initié un peux frileux(cependant très attiré) vers le
bon côté de la barrière.

Merci Maîtresse Ida de mettre en mots ce que bon nombre de
pratiquants ou d'aspirants pratiquants souhaitaient un jour voir écrit pour
achever de se persuader que jouer est gage d'épanouissement.

Merci de donner un "autre" visage de la Maîtresse, car elle est
sacrée pour ceux qui la vénèrent et pour ceux qui n'osent pas franchir le pas,
elle est d'autant plus impressionnante, dotée des aptitudes à comprendre les
aspirations de chacun.

Un aspirant soumis.

Merci Maîtresse Ida, d'aider une jeune femme comme moi à accepter sa soumission, je ne sais pas ou et depuis quand remonte mes tendances masochistes mais la lecture de votre plaidoyer pour ces jeux me réconforte dans l'idée qu'il n' y a de malsain dans mes tendances que ce que les esprits bien pensants veuillent y voir.
j'accepte enfin ma condition avec bonheur.

Une soumise heureuse.


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